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Opération Kalay : Le sud en voie de « construction »

Par le Capitaine Jennifer Kellerman

La contre-insurrection peut être résumée en trois petits mots : dégagement, maintien et construction. Elle s’effectue voisinage par voisinage dans la ville et village par village dans la campagne. Premièrement, des actions militaires sont nécessaires pour dégager le secteur de tout combattant insurgé. Puis, les forces de sécurité (les forces armées et la police) travaillent en vue d’établir un environnement sécuritaire pour les civils. Ça, c’est la composante du maintien. L’engagement le plus important, cependant, fait partie de la troisième phase, la construction. C’est alors que les équipes de coopération civilo-militaire (COCIM) arrivent, suivies de près par des ingénieurs, des spécialistes du développement et des experts en gouvernance. Une nouvelle communauté émerge alors, avec des dirigeants responsables, une infrastructure qui fonctionne et des familles qui s’occupent paisiblement de leurs affaires.

Deh-e-Bagh est un village de quelque 900 âmes dans le district de Dand, au Sud de la ville de Kandahar. Certains habitants travaillent dans le village lui-même, certains travaillent dans la ville de Kandahar, certains cultivent les champs avoisinants et certains sont au chômage. Un peu au Nord-Est du village se trouve un bâtiment jaune vif où le chef du district de Dand, Amadullah Nazek, et les aînés de Deh-e-Bagh ont mené beaucoup, beaucoup de chouras avec les coordonnateurs de développement des Forces canadiennes et du gouvernement du Canada.

Le village avait besoin d’aide, et ses habitants étaient reconnus pour leur appui du gouvernement de la République islamique d’Afghanistan et de la Force internationale d’aide à la sécurité. De plus, il se trouve sur le chemin de la ville de Kandahar, où les insurgés se rassemblent pour préparer des attaques dans la ville, se reposer et se cacher après leurs opérations. M. Nazek et les aînés du village ne le savaient probablement pas au début, mais Deh-e-Bagh serait un endroit parfait pour amorcer la mise en œuvre d’un nouvel effort de contre-insurrection canadien.

En février 2009, lorsqu’il a assumé le commandement de la Force opérationnelle à Kandahar, le Brigadier-général Jonathan Vance savait quelle approche il allait employer pour l’insurrection dans sa zone de responsabilité. Comme les forces américaines devaient faire irruption dans la province de Kandahar pendant l’été, les Canadiens allaient pouvoir changer leur angle d’attaque.

Le Bgén Vance croit qu’un effort concentré en matière de contre-insurrection est crucial. Cela signifie qu’il faut établir des liens avec le gouvernement afghan et les habitants du pays en les aidant à reconstruire leur pays pour y apporter la paix et la sécurité, un village à la fois s’il le faut. « Nous tentons de passer de la sécurité au bout d’un fusil, c’est-à-dire la défense, à la sécurité humaine, explique-t-il. Pour obtenir un climat de sécurité globale, il faut rétablir le tissu économique, politique et social. »

L’objectif de l’opération Kalay I (« village » en pachtou) était de concentrer toutes les lignes d’opération sur la tâche de faire une différence visible et tangible dans les vies d’un groupe particulier là où ils dorment, travaillent et élèvent leur famille. Au lieu de disséminer les projets d’aide dans la province de Kandahar et d’avoir du mal à garder le contrôle de certains secteurs contre les Taliban, il était plus sensé de commencer à un endroit et d’aller vers l’extérieur.

Cela ne pouvait pas arriver du jour au lendemain. Il fallait l’exécuter lentement et en de nombreuses étapes. Deh-e-Bagh, un village au Sud de Kandahar dont personne n’avait entendu parler auparavant, serait le point de départ et l’épicentre de cette nouvelle approche.

Après le dégagement et le maintien, la construction

En collaboration avec les forces de sécurité nationale afghanes, la Force opérationnelle à Kandahar a commencé par protéger le village contre l’insurrection. Une fois les insurgés et la population séparés, l’Armée nationale afghane et la Police nationale afghane (avec l’appui de leurs mentors militaires et policiers canadiens) ont tenu les limites du village, empêchant ainsi les insurgés de terroriser la population tout en permettant aux équipes canadiennes de développement et de reconstruction d’aider les habitants à commencer la phase de la construction.

Les améliorations au village ont été choisies par une analyse exhaustive et de nombreuses chouras dans lesquelles les aînés du village ont pu faire part de leurs idées et de leurs demandes. Tous les travaux ont été effectués par les habitants de Deh-e-Bagh pour leur donner un sentiment de fierté lié à la possession, pour les aider à réaliser des progrès personnels et pour leur donner de l’espoir pour l’avenir. Les équipes de stabilisation des Forces canadiennes, de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international leur ont fourni de l’aide technique et des encouragements.

La phase de construction de cette approche de contre-insurrection, qui a fait l’objet de maintes discussions, signifiait donc l’établissement de liens, l’acquisition d’appuis et l’augmentation de la confiance tout autant que le pavage de routes et le creusage de canaux.

Le 23 juin 2009, des forces de sécurité nationale afghanes étaient en place pour protéger le village et les changements prenaient forme. Des lampes à énergie solaire étaient installées le long des routes, des canaux d’irrigation avaient été creusés et approfondis pour améliorer la circulation de l’eau vers les champs des fermiers et le bazar local était ouvert. Le succès initial était en évidence à la choura qui a rassemblé le chef du district, Nazek, le Bgén Vance et les aînés du village et du district, ainsi que Ken Lewis, le représentant du Canada à Kandahar et d’autres représentants canadiens militaires et du développement. Les habitants de Deh-e-Bagh étaient fiers de la situation en matière d’économie et de sécurité et les habitants des communautés des environs étaient plus que prêts à participer.

Le chef du district de Dand, Nazek, a réaffirmé son appui à cette nouvelle approche en Afghanistan, et pas seulement parce que le district de Dand en récoltait les premiers fruits. « Trois choses sont particulièrement importantes : la sécurité, le développement et la bonne gouvernance. Les Talibans se sentent découragés et vaincus lorsqu’ils voient que les habitants locaux travaillent et que la communauté progresse. »

Au-delà de Deh-e-Bagh

Les habitants de Deh-e-Bagh ont assumé la responsabilité de leur sécurité et de leur avenir, établissant ainsi un point tournant critique pour les efforts canadiens en Afghanistan. Le succès dans ce village a poussé les habitants des communautés avoisinantes à demander quand ils pourraient faire de même. La prochaine étape est d’étendre l’« approche par village » à l’ensemble du district de Dand.

L’opération Kalay II, conçue pour stabiliser le district de Dand, a commencé le 25 août 2009, inaugurant ainsi fièrement la seule véritable phase de construction dans le Sud de l’Afghanistan.

Il est trop tôt pour annoncer que la nouvelle approche canadienne est un succès, mais c’est un pas dans la bonne direction que les Canadiens ne pouvaient pas prendre auparavant en raison de la forte demande en matière de forces de sécurité dans la province de Kandahar. Avec l’arrivée des équipes de combat Stryker de l’armée américaine, la force opérationnelle canadienne peut se concentrer sur l’établissement de liens similaires avec d’autres villages et sur l’utilisation de sa présence pour aider les Afghans à obtenir de la sécurité et à croître sur le plan économique.

Le commandant de la FIAS, le Général Stanley McCrystal, a fait l’éloge des réalisations dans le district de Dand et a insisté qu’il espérait voir davantage de cette « approche par village essentiel » en Afghanistan. « Tout ce que nous faisons pour convaincre ces personnes de faire un choix, et de faire le bon choix qui leur permettra d’avoir un Afghanistan libre, est un pas dans la bonne direction. C’est plus fort que n’importe quel coup de feu. »