Par l’Enseigne de vaisseau de 1re classe Michael McWhinnie
Les pirates qui ont attaqué le pétrolier norvégien MV Front Ardenne lèvent les mains en signe de reddition lorsque leur yole est capturée par une équipe d’abordage du NCSM Winnipeg dans un canot gonflable à coque rigide.
Le NCSM Winnipeg escorte l’Abdul Rahman, un cargo transportant des approvisionnements du Programme alimentaire mondial, vers Bosasso, en Somalie, pendant des opérations de lutte contre la piraterie dans le Golfe d’Aden. Déployé sous l’Opération SEXTANT avec le 1er Groupe maritime permanent de l’OTAN, le NCSM Winnipeg se trouve dans le golfe pour dissuader et arrêter la piraterie et fournir la sécurité aux navires marchands en transit.
Une yole transportant sept pirates qui ont attaqué le pétrolier norvégien MV Front Ardenne fonce vers la côte somalienne avec Palomino16, l’hélicoptère CH-124 Sea King du NCSM Winnipeg, à ses trousses.
Une journée de piraterie a pris fin misérablement pour sept hommes qui ont par mégarde attaqué un pétrolier norvégien dans le golfe d’Aden, près des navires de guerre de la coalition et de l’OTAN qui conduisaient des opérations de lutte contre la piraterie.
Le 18 avril 2009, vers 15 h 00, heure locale, le MV Front Ardenne et le pétrolier rapide britannique RFA Wave Knight transitaient le principal chenal maritime entre la Somalie et le Yémen, lorsque sept pirates à bord d’une yole bleue se sont précipité sur le navire marchand. Les pirates de cette région cherchent des occasions dans les eaux libres de patrouilles navales, de sorte que les gens dans la yole bleue ont probablement mépris le Wave Knight pour un autre navire marchand. En fait, il s’agit d’un navire auxiliaire de la flotte royale dont l’équipage est formé de marins entraînés qui ont immédiatement tiré des coups de semonce contre les pirates qui attaquaient le Front Ardenne.
Des communications radio du Wave Knight ont provoqué une intervention rapide de la force opérationnelle du 1er Groupe maritime permanent de l’OTAN (Standing NATO Maritime Group 1 — SNMG1) qui a éventuellement développé un effort coordonné de cinq navires et de deux hélicoptères. L’équipe d’alerte du SNMG1 sur le navire amiral NRP Corte Real a orchestré l’opération, maintenant un contact visuel et radar continu pendant sept heures alors que la yole pirate fuyait vers le sud vers la côte de Somalie et la promesse d’une certaine sécurité.
Entre temps, le NCSM Winnipeg escortait le cargo du Programme alimentaire mondial Abdul Raman vers Bosasso, en Somalie. Longeant la côte de près, la route du Winnipeg a placé la frégate entre la yole des pirates et sa destination.
Alors que le détachement aérien du Winnipeg se précipitait pour lancer l’hélicoptère CH-124 Sea King du navire, Palomino16, des arrangements étaient pris pour arrêter la yole pour un abordage éventuel. Palomino16 a rapidement couvert les 60 milles séparant la frégate canadienne et la yole et a immédiatement commencé à la suivre.
« À partir du moment où nous avons commencé à réagir à l’ordre imprévu d’adopter le poste de vol, nous pouvions sentir que quelque chose d’intéressant était sur le point de se produire, » a déclaré le Caporal-chef David Tillotson, opérateur de détecteurs du Palomino16. « Nous avons rapidement décollé et ‘bustered’ [volé à vitesse maximale] vers l’endroit. Le yacht en fuite pourchassé par un navire auxiliaire de 30 000 tonnes était un spectacle impressionnant. »
Des ordres ont été transmis au commandant de l’équipage de l’hélicoptère d’arrêter les pirates.
« Vous pouviez sentir l’adrénaline circuler à l’intérieur de l’appareil mais chacun suivait son entraînement et agissait calmement. Nous pouvions clairement voir les pirates et leur équipement. Nous savions qu’ils étaient armés et, alors qu’ils refusaient de s’arrêter malgré nos avertissements, il devenait clair qu’ils étaient aussi désespérés ou téméraires – ou les deux. Nous avons continué à recueillir des images et je me suis préparé à mon poste derrière la mitrailleuse C6, » a déclaré le Cplc Tillotson.
Étant donné que les avertissements répétés par radio ne produisaient aucun résultat, l’équipage de l’hélicoptère a reçu l’ordre de tirer des coups de semonce devant la yole.
« J’ai sentis comme si j’étais dans un état d’alerte maximum et me suis concentré sur la tâche à accomplir et l’application précise du tir. J’ai vu les balles de notre mitrailleuse frapper l’eau devant la yole. Après la quatrième rafale de semonce, il est devenu clair que ces gens étaient désespérés d’atteindre la côte de la Somalie et avaient décidé de baisser la tête et de foncer, » a indiqué le Cplc Tillotson.
Palomino16 a éventuellement été relevé de sa fonction de suivi par Smart Guy, un hélicoptère de la frégate lance-missiles guidés USS Halyburton. Le soleil s’est couché et les pirates ont poursuivi dans la nuit vers la côte somalienne et le Winnipeg qui les attendait.
De son poste dans la salle des opérations du Winnipeg, le Lieutenant de vaisseau Christopher Nucci a joué un rôle primordial pour organiser l’action. « Selon une perspective tactique, il y avait plusieurs balles en jeux. Alors que nous suivions la yole et le Wave Knight sur leur parcours vers le sud, des instructions de coordinations arrivaient par radio pour transférer nos tâches d’escorte à l’USS Halyburton. L’image aérienne était très fluide alors que nous coordonnions le ravitaillement en carburant des deux hélicoptères qui alternaient entre le soutien de la poursuite et la couverture de l’Abdul Raman, » mentionne-t-il.
Le Winnipeg était en route pour intercepter l’action et, alors qu’il approchait de la portée visuelle, son commandant, le Capitaine de frégate Craig Baines, ordonna que toutes les lumières soient éteintes. Alors que le Winnipeg se préparait à frapper, le Wave Knight et Smart Guy poussaient la yole vers lui.
Les yeux sur la passerelle fouillant la nuit ont été bientôt récompensés par l’apparition à l’horizon de deux points blancs – les feux de marche du mat principal du Wave Knight — et, juste au-dessus, les feux d’avertissement clignotants rouges de Smart Guy. À mesure que les feux se précisaient, demeurant bien du côté tribord, la passerelle était si silencieuse que tous pouvaient entendre la manœuvre prévue. « Vert à vert à 1 000 verges. Une fois que nous aurons passé, nous allons tous tourner droit vers tribord, » a déclaré le Capf Baines, ordonnant aux communicateurs navals de transmettre le signal au Wave Knight qui se rapprochait rapidement.
« Vous auriez pu entendre une aiguille tomber alors que les navires approchaient à une vitesse relative de plus de 40 nœuds. Le plan était de s’approcher sans se faire remarques, un truc difficile pour une frégate de 450 pieds. Nous avons continué à nous rapprocher sur nos écrans alors que la distance entre nous diminuait et, alors que nous passions notre point d’approche le plus près, tous se sont accrochés à leurs sièges alors que le navire penchait fortement vers bâbord pendant le virage à tribord. Je me suis précipité sur la passerelle en prévision de l’action proche, » a déclaré l’officier de combat, le Ltv Al Compton.
Ayant obtenu la surprise complète, le Winnipeg se trouvait à quelques centaines de verges de la yole lorsque son projecteur au Xénon à grande puissance a capturé les pirates dans son rayon blanc solide.
« Quand je suis arrivé sur la passerelle, je m’attendais au pandémonium mais je fus surpris par le calme. Nous devions bien être 20 personnes rassemblées mais tous étaient étrangement silencieux. Le commandant a donné une suite d’ordres pour manœuvrer le navire et garder la yole du côté bâbord, » a déclaré le Ltv Compton. « Tout le scénario était surréaliste. L’opérateur du projecteur luttait pour maintenir la yole mobile illuminée alors que des ordres préenregistrés en somalien étaient transmis aux pirates par un haut-parleur. D’occasionnelles fusées à parachute illuminaient la zone comme en plein jour pendant de brèves périodes avant d’être avalées par l’obscurité. Mais le clou de l’engagement a été définitivement les tirs de semonce de .50. »
Des ordres ont été donnés et cinq rafales de semonce ont été éventuellement envoyées avant que les pirates n’obéissent. Pendant tout ce temps, ils se délestaient de leurs armes et de l’échelle qu’ils avaient utilisée pour leur attaque contre le Front Ardenne.
« Avec les écoutilles de la passerelle ouvertes, nos oreilles résonnaient chaque fois que les mitrailleuses lourdes tiraient. Chaque rafale envoyait des chapelets de lumières dans la nuit et nous regardions tous fixement alors que les traçantes perçaient les eaux noires devant la yole, » se rappelle le Ltv Compton.
Certains des occupants de la yole ont fait des gestes de se rendre mais quelques minutes ont passé avant que le timonier n’arrête le bateau. Les pirates ont levé les bras et le groupe d’abordage a reçu ordre de quitter le bord.
À titre de plongeur de sauvetage du groupe d’abordage, le Matelot-chef Joseph Csiki était responsable de couvrir l’approche avec son fusil C8. « Il y avait un sentiment additionnel d’intensité dans l’équipe d’abordage alors que nous approchions de la yole, en partie à cause de l’heure nocturne mais principalement parce que nous savions ce que ces gens avaient subit avant de se rendre finalement, » dit-il. « L’odeur d’essence était très forte et j’étais choqué et inquiet que certains des pirates se préparent à allumer des cigarettes alors qu’ils avaient les pieds dans l’essence. »
Les deux bateaux se sont accolés. L’équipe d’abordage a pris le contrôle de la yole et de ses occupants et à commencé sa fouille.
« Nous savions ce qu’ils étaient mais, comme la plupart des criminels, leurs premiers gestes était de se déclarer innocents. Ils étaient très fermes dans leurs refus mais leurs expressions ont changé lorsque nous leurs avons montré les photos aériennes que nous avions d’eux avec leur échelle à crochet et leurs fusils d’assaut qu’ils avaient jeté pendant la poursuite. Lorsqu’un de nos gars a découvert une grenade à fusil oubliée, nous avons pu voir la résignation dans leurs yeux. Ils se sont assit impassiblement à partir de ce moment, » a déclaré le Matc Csiki.
En plus de la grenade à fusil, la fouille a fourni des couteaux, un GPS, quelques téléphones cellulaires et une petite quantité de drogues. Une fois qu’on a eu déterminé que les pirates avaient été désarmés et qu’ils ne possédaient plus les moyens de menacer des navires, ils ont été libérés.
« Ce fut très agréable d’aborder, de fouiller et de saisir du matériel d’un navire que nous savions catégoriquement impliqué dans des actes de piraterie. Nous nous entraînons et nous préparons pour les pires scénarios mais notre travail est certainement rendu plus facile par leur habitude d’abandonner leurs armes dans l’océan lorsque nous approchons, » a précisé le Matc Csiki.
On dit qu’un navire de guerre n’est pas un bureau ordinaire. Dans la même veine, un marin canadien n’a pas un travail ordinaire – ce jour-là en particulier.