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Opération CROCODILE: L'Équipe de la Roto 18

Par le major Yanic Larouche

À partir de la gauche, rangée avant : Adj Dwight Jackson, Lcol Martin Gros-Jean, Capc Alice Damulira, Capc Anthony Russell, Maj David White et Col Bryan Bailey. Deuxième rangée : Lcol Mike Gibson, Maj Étienne Marin et Maj Yanic Larouche.

À partir de la gauche, rangée avant : Adj Dwight Jackson, Lcol Martin Gros-Jean, Capc Alice Damulira, Capc Anthony Russell, Maj David White et Col Bryan Bailey. Deuxième rangée : Lcol Mike Gibson, Maj Étienne Marin et Maj Yanic Larouche.

Rangée avant, à partir de la gauche : le Lcol Mike Gibson et le Capc Anthony Russell, en compagnie d’un groupe de magistrats et d’inspecteurs des FA de la RDC.

Rangée avant, à partir de la gauche : le Lcol Mike Gibson et le Capc Anthony Russell, en compagnie d’un groupe de magistrats et d’inspecteurs des FA de la RDC.

29 janvier 2009 - Il est 7h58. Avec quatre autres de mes collègues, nous voilà en route pour le boulot, au quartier général de la Mission de l’ONU en République Démocratique du Congo (MONUC). Trois des nôtres sont déjà au travail depuis près d’une heure, dont l’infatigable col Bailey, le commandant de la Force opérationnelle. À bord de notre VUS blanc orné des lettres UN sur chacune des portières, nous empruntons l’avenue de la Justice puisque le boulevard du 30 Juin se transforme en parc de stationnement la plupart du temps. Déambuler dans les rues de Kinshasa peut devenir une aventure en soi remplie de situations inusitées: des vendeurs itinérants d’une persistance légendaire nous interpellant par « Canada Canada », les habitudes de conduite des Congolais, des routes en piètre condition, les shegues (enfants de la rue) plus ou moins hostiles ou tout simplement, une bonne pluie torrentielle transformant les rues en rivières.

Il faut dire que Kinshasa, la capitale du pays, a une population évaluée à plus de huit millions d’habitants. Certaines sources iront jusqu’à dire près de douze millions. Bref, il y a des gens partout. Fait qui peut paraître plutôt surprenant, il n’y a aucun feu de circulation qui fonctionne; seulement quelques policiers stationnés aux intersections les plus achalandées font de leur mieux pour garder un certain contrôle sur la circulation.

Avec ses quelques 17 000 militaires provenant d’une cinquantaine de pays, lesquels seront sous peu augmenté à plus de 20 000 selon une résolution du Conseil de sécurité datée de novembre 2008, la MONUC est sans contredit la mission la plus imposante des missions de maintien et de renforcement de la paix de l’ONU. De ce nombre, on compte tout près de 1000 officiers d’état-major et d’observateurs militaires. Du Canada, nous sommes huit officiers, membre du personnel du QG de la Force à Kinshasa sans toutefois oublier nos trois valeureux représentants situés à Goma, dans l’est du pays, en plein cœur des différents litiges qui y sévissent depuis plusieurs années. À tout ce beau monde, il faut également ajouter la présence de l’adj Dwight Jackson qui, à lui seul, nous épaule brillamment en tant qu’élément de support national.

Ce matin pour une énième fois, nous partons chacun de notre côté rejoindre notre section respective pour offrir la meilleure contribution possible et relever les nombreux défis auxquels nous faisons face quotidiennement. Le col Bryan Bailey, véritable pierre angulaire des opérations du QG, occupe le poste d’assistant au chef d’état-major. Il talonne le Commandant de la Force dans tous ses déplacements ce qui l’a amené dans l’est du pays à maintes reprises et dans quelques villes majeures des pays voisins pour des rencontres de haut niveau. Il est secondé par le polyvalent maj Étienne Marin, utilisé à toutes les sauces. Le lcol Martin Gros-Jean n’est pas en reste étant le principal officier de liaison avec les Forces armées de la RDC (FARDC). Il rencontre régulièrement les hauts-représentants des opérations des FARDC et fait état de ses rapports à l’état-major du QG de la MONUC; une fonction vitale pour la mission dans son rôle d’appui aux forces congolaises. Le lcol Mike Gibson, lui, met à profit son expertise et son bagage d’expériences pour revitaliser et renforcer le système judiciaire du pays qui est plus souvent qu’autrement, inefficace. Un autre avocat militaire, le capc Anthony Russell, s’active au renforcement des capacités du système de justice militaire, tandis que la capc Alice Damulira prodigue des conseils juridiques à la chaîne de commandement. Finalement, le maj David White et moi, maj Yanic Larouche, occupons des postes reliés à l’entraînement. Le premier prépare et met en œuvre de nombreux programmes de formation destinés aux forces congolaises, tandis que je coordonne une série de formation pour les officiers d’état-major et les observateurs militaires nouvellement arrivés en théâtre.

Peu importe le poste occupé, nous avons tous constaté rapidement l’importance de notre présence au sein de l’organisation. Militaires bien entraînés, maîtrisant le français et l’anglais, bénéficiant d’un soutien national incomparable, nous pouvons affirmer en toute humilité que notre apport à la MONUC est inestimable. Évoluant dans un contexte multinational où la grande majorité des militaires proviennent de l’Asie et de l’Afrique, il faut souvent s’armer de patience pour réussir à faire valider nos opinions et positions, tout en faisant preuve de diplomatie. Deux qualités bien canadiennes !

Plusieurs d’entres nous profitons de nos temps libres pour venir en aide à la population locale soit par l’entremise d’aide humanitaire ou tout simplement en encourageant quelques artistes locaux, leur achetant de nombreux souvenirs impérissables. Avec le peu de temps et de ressources à notre disposition, nous avons tout de même pu distribuer plus de 200 filets anti-moustiques et remplacer la pompe d’un puits approvisionnant le village de Kimpoko en eau potable. Ce village, où habitent des veuves de soldats des FARDC, est situé à une quarantaine de kilomètres à l’est de Kinshasa. Le prochain objectif est la construction de quelques modestes demeures en bloc de béton.

Voilà déjà une autre journée de travail qui se termine. Sur le chemin du retour, il y en aura certainement parmi nous qui s’imagineront au milieu d’un safari avec leurs proches quelque part en Tanzanie ou découvrant certains coins d’Europe. D’autres penseront surement à leur mission qui tire déjà à sa fin ou qui débute à peine. Peu importe ce qui se trame dans nos têtes, nous revenons tous à la Maison du Canada avec le sentiment du devoir accompli, fiers d’être canadiens et reconnaissants de pouvoir bénéficier, au Canada, d’une qualité de vie qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Une dernière pensée me traverse l’esprit avant de franchir le seuil de la porte de notre confortable demeure: « Je me demande bien à qui le tour de préparer le repas de ce soir… ».