Par le Capitaine Fraser Clark, Équipe de reconstruction provinciale de Kandahar
Le Sgt Mark Blanchard nomme les pièces d’une radio de marque Motorola aux gardiennes de la prison de Sarpoza.
Des employées de la prison de Sarpoza s’entraînent à utiliser leur radio lors d’une leçon avec le Sgt Mark Blanchard.
Le Colonel Mohammad Ismail, directeur adjoint de la prison de Sarpoza, avec le Sgt Mark Blanchard de l’Équipe de reconstruction provinciale de Kandahar.
Kandahar, Afghanistan, le 31 juillet 2008 — La prison de Sarpoza, l’Alcatraz de l’Afghanistan, est une citadelle qui jaillit du centre de Kandahar. Au Canada, elle est principalement connue pour l’attaque des Taliban qui a eu lieu plutôt cet été et qui a permis à des centaines de prisonniers de s’échapper. Cet incident, que certains militaires canadiens ont qualifié de « grande évasion », n’est qu’un lointain souvenir pour les personnes qui travaillent ici.
Certains employés de Sarpoza déambulent dans le complexe couvert de petits cailloux, se promenant d’une section du pénitencier à une autre en escortant des prisonniers (y compris certains qui sont revenus de leur propre chef après être sorti pendant l’assaut) alors que d’autres s’affairent à des travaux de construction à l’intérieur de l’enceinte. Malgré les couches de « Hesco Bastion » qui comblent la brèche massive dans le mur extérieur (rappelant l’attaque des insurgés), la vie dans la prison de Sarpoza continue, et les jours se suivent et se ressemblent.
Jusqu’à aujourd’hui.
Aujourd’hui, Sarpoza a été le théâtre de progrès dans l’éducation des femmes, progrès qui a pris la forme d’un petit appareil radio portatif.
A l’instar des prisons canadiennes, Sarpoza abrite non seulement les criminels condamnés et des personnes qui attendent leur procès, mais également les épouses et les enfants des prisonniers. Dans le Sud de l’Afghanistan, les femmes seules, particulièrement si elles ont des enfants, n’ont que très peu de moyens à leur disposition pour gagner leur vie de façon indépendante, et sont rejetées par la société si elles essaient. Par conséquent, lorsque un père ou un époux est enlevé à sa famille et envoyé en prison, ses personnes à charge le suivent. Les centres de détention, comme Sarpoza, doivent prendre des dispositions nécessaires pour les loger.
Les ailes de la prison de Sarpoza réservées aux familles sont gérées et supervisées par un groupe de femmes déterminées qui forment le lien entre prisonniers et familles.
Elles sont des agentes de correction et elles prennent leur travail au sérieux. Elles n’ont jamais suivi de formation pour les préparer à ces responsabilités mais suivent l’exemple de leurs homologues masculins, qui travaillent du côté du camp réservé aux détenus, et imitent leurs tâches.
Lorsqu’un convoi militaire de routine, comprenant un représentant du Service correctionnel du Canada qui effectuait son inspection hebdomadaire, est entré à Sarpoza ce matin, une occasion s’est présentée à un opérateur radio, le Sergent Mark Blanchard de Calgary, en Alberta. Sept agentes de correction voulaient apprendre les rudiments des communications radio.
On avait offert à ces femmes une formation aux installations du Service correctionnel du Canada au Camp Nathan Smith, l’établissement de l’ERPK situé à quelques kilomètres de la prison, mais elles ont dû refuser. La rumeur veut que si les Taliban attrapent les gardiennes en train d’être formées par les Canadiens, ils les violeront et les tortureront jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Aujourd’hui, quand le personnel de la prison a appris que le Sergent Blanchard était sur place pour inspecter l’équipement de communication de Sarpoza, les gardiennes se sont rapidement rassemblées autour de lui en tenant dans leurs mains les appareils radios portatifs qu’elles ne savaient pas utiliser. Ces radios constituent le principal moyen de communication des employés de la prison.
Blanchard a rapidement établi le lien et a donné une leçon initiale dans le bureau du directeur adjoint. « Cette expérience était incroyablement enrichissante, a-t-il dit plus tard. C’était plutôt improvisé, mais elles n’étaient pas intimidées et ont compris très rapidement. »
Manipulant les petites radios noires comme si elles avaient grandi avec de l’équipement de communication moderne, les gardiennes se sont mises à parler, dans un pachtoune mélodieux, dans leur émetteur, emplissant la salle de leurs voix. Alors que les femmes parlaient, Blanchard nous a regardé avec un sourire un peu penaud et a répondu comme seul un militaire canadien le pouvait : « Vérifiez… À vous… 1-2-3, eh? »
« Je n’ai aucune idée de ce qu’elles racontent, mais je crois que nous nous comprenons », a dit Blanchard après coup alors que nous remontions dans nos véhicules pour quitter la prison.
Certains canadiens peuvent douter de la pertinence de notre mission, de temps en temps. C’est correct. Les choses ne se passent jamais parfaitement dans une mission, que ce soit ici en Afghanistan ou ailleurs dans le monde. Mais ensemble, nous apprenons de nos expériences et de nos triomphes afin que la société afghane profite de notre savoir et de notre expérience à tous.
Cette journée était un triomphe pour nous tous.