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Un cornemuseur major doit faire face à une tout autre musique

Par le Capitaine Fraser Clark, équipe de reconstruction provinciale de Kandahar

Le Sgt John Dawson, cornemuseur major des Queen’s Own Cameron Highlanders of Canada, se prépare à une pratique de cornemuse à une base de l’équipe de reconstruction provinciale de Kandahar. Le Sgt Dawson est affecté à l’ERPK a titre d’opérateur tactique d’une équipe de COCIM.

Kandahar; le 18 mars 2008 — Le Sgt John Dawson, cornemuseur major des Queen’s Own Cameron Highlanders of Canada, se prépare à une pratique de cornemuse à une base de l’équipe de reconstruction provinciale de Kandahar. Le Sgt Dawson est affecté à l’ERPK a titre d’opérateur tactique d’une équipe de COCIM. (Photo du Capt Fraser Clark)

Le Sgt John Dawson discute avec des étudiants en génie à l’université de Kandahar.

Kandahar; le 15 mars 2008 — Le Sgt John Dawson discute avec des étudiants en génie à l’université de Kandahar. (Photo du Capt Fraser Clark)

Le Sergent John H. Dawson s’y connaît avec les gens. Musicien d’expérience depuis de nombreuses années et cornemuseur major des Queen’s Own Cameron Highlanders of Canada (une unité de la Réserve de l’Armée de terre à Winnipeg), il est habitué à l’inhabituel. Son corps de cornemuses donne des représentations dans une vaste gamme d’expositions, ce qui lui permet de rencontrer les personnalités pittoresques du milieu très peu normal de l’industrie du spectacle.

Le Sgt Dawson est en déploiement au sein de l’équipe de reconstruction provinciale de Kandahar (ERPK) à titre d’opérateur tactique d’une équipe de COCIM (coopération civilo-militaire), une mission canadienne qui compte des groupes du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, de l’Agence canadienne du développement international, du Service correctionnel du Canada, de la Gendarmerie royale du Canada ainsi qu’un important contingent des FC. L’ERPK existe afin d’aider les Afghans à reconstruire leur société fractionnée et déchirée par la guerre. La COCIM est cruciale à son efficacité.

Son interaction régulière avec le public en raison de son métier militaire, musicien, et de sa carrière civile fait du Sgt Dawson un choix naturel pour la COCIM. S’il n’a pas sa cornemuse en main ou s’il n’est pas à la recherche d’engagements, le Sgt Dawson est superintendant dans un centre de livraison de Postes Canada. À Kandahar, cependant, notre musicien joue d’un tout autre instrument.

Bien qu’il soit arrivé dans le théâtre depuis moins d’un mois, le Sgt Dawson est bien conscient des dangers auxquels les troupes de la FIAS font face. À peine quelques heures après son arrivée à l’aérodrome de Kandahar, il a participé à la cérémonie de rapatriement du Cavalier Michael Yuki Hayakaze, des Lord Strathcona’s Horse (Royal Canadians). Se tenant debout sur l’aire de trafic aux côtés de centaines de Canadiens et de troupes d’autres contingents au KAF, encore sous l’effet du décalage horaire et privé de sommeil, le Sgt Dawson a été confronté à la réalité du combat contre l’insurrection. « Il se s’agit plus d’un jeu. Maintenant, c’est pour le vrai », commente d’un ton morne l’homme de 32 ans et père de trois enfants.

La COCIM dans la situation d’ensemble

Aux yeux des civils afghans rencontrés dans le cadre de leur travail, le Sgt Dawson et ses collègues des équipes de COCIM représentent des possibilités économiques, le développement urbain et la mise sur pied de capacités. Ils symbolisent aussi les promesses que certains Afghans croient qu’ils ne vivront pas assez longtemps pour voir se concrétiser, soit une possibilité de sécurité, de développement et de reconstruction.

« J’ai vu l’enthousiasme chez les habitants locaux lorsque je les ai rencontrés, ce qui prouve que nous ne sommes pas entièrement coupé de leur monde », raconte le Sgt Dawson.

Les militaires des équipes de COCIM dispersées dans les districts de Kandahar comblent l’écart entre les forces de la FIAS et l’administration provinciale afghane à Kandahar.

« En soi, notre travail vise à permettre aux forces armées d’agir en toute liberté, avec l’accord du peuple, explique le Sgt Dawson. Si nous aidons les Afghans à reconstruire leur société, nos équipes de COCIM doivent aller rencontrer les chefs de district… les aînées du village. Ce sont eux qui influencent la population afin de nous appuyer et de participer à différents projets d’amélioration ».

Il ne s’agit pas d’une opération militaire normale, mais il ne s’agit pas d’une guerre normale non plus.

Menaces et promesses de violence

Le conflit en Afghanistan est une insurrection où les combats sont asymétriques. Au lieu de combattre un ennemi reconnaissable, les forces de la FIAS et les Forces de sécurité nationales afghanes affrontent des guérilleros talibans qui menacent et punissent les civils afghans qui coopèrent avec les militaires comme le Sgt Dawson.

« Malheureusement, il y a des gens à l’extérieur de l’enceinte, poursuit le Sgt Dawson. Un petit nombre de personnes qui veulent voir les Forces de sécurité nationales afghanes échouer. Ils veulent voir le gouvernement national afghan et la FIAS échouer. Ils agissent entre autre par le biais du terrorisme, de la violence, des embuscades et des bombes placées en bordure des routes. »

« Parfois, les habitants locaux nous disent que si les insurgés apprennent qu’ils collaborent avec nous, ils recevront des menaces de la part des talibans, dit-il. Les lettres de nuit sont un exemple classique de ce type d’intimidation. »

Les lettres de nuit visent à soumettre les habitant locaux et les convaincre que les talibans sont les arbitres absolus en ce qui concerne l’avenir du pays. « L’impact de ces lettres est incroyable, mais ce n’est pas tout. Parfois, ils donnent suite aux lettres en tuant leurs destinataires. »

Ainsi, les talibans imposent leurs normes en punissant quelques personnes. Les autres, espèrent-ils, retourneront rapidement au respect de la ligne de parti. Imaginez un border collie qui mène son troupeau. En Afghanistan, le collie possède une kalachnikov et abat au hasard un agneau ici et là pour accentuer son autorité.

L’apparition d’une lettre de nuit sur la porte d’un habitant a un effet considérable. « Elle suscite la peur chez un Afghan comme aucune autre arme de l’arsenal des talibans, admet le Sgt Dawson. Elle transforme rapidement de nombreux partisans en spectateurs impuissants. Ils veulent collaborer avec nous, mais n’osent pas, car ils ont réellement peur d’être tués. Je ne peux pas les blâmer pour cette impuissance. Imaginez si les forces policières du Canada étaient dissoutes. Combien de temps faudrait-il avant que les méchants règnent en maîtres? »

« Tout ce que les Afghans veulent, c’est une vie normale »

Malgré le côté obscur de l’insurrection, le Sgt Dawson a vu « des choses encourageantes » à ce jour à Kandahar. Cependant, il ajoute « qu’il reste beaucoup à faire. »

« Nous parlons d’une des économies les plus pauvres au monde, dit-il. Ne nous leurrons pas; l’Afghanistan est en guerre depuis 1979, et l’insurrection se poursuit depuis la chute des talibans en 2001. Une fois la journée terminée, tout ce que les Afghans veulent, c’est une vie normale. Nous essayons de leur donner cette vie. Je suis encore nouveau sur le terrain, mais je suis ici pour collaborer avec eux afin de les aider à faire avancer leur société. Ils méritent que nous déployions tous nos efforts. »

Cette chanson est digne d’être jouée.